Atelier d’écriture- L’écriture automatique


Littérature / dimanche, décembre 16th, 2018

Bien loin des techniques de spiritisme obscures, l’écriture automatique est avant tout un procédé d’écriture relevant du surréalisme, mouvement du 20ème dont font partie les renommés Frida Khalo, ou encore Salvador Dali. Initié par André Breton et employé par Max Ernst, pour ne citer qu’eux, ce procédé fait appel à votre cerveau droit et à votre imagination. En route pour un atelier d’écriture qui ne requiert aucun talent prédéfini, mais juste une feuille, un crayon, et votre cerveau.
L’écriture automatique, comme son nom l’indique ne demande aucune réflexion. Le but est simplement de se laisser prendre au jeu et que votre instinct vous guide parmi les mots. Ainsi vous vous perdez peu à peu, au fil de la plume, dans un univers dénué de sens : vous laissez votre inconscient parler. L’exercice peut paraître complexe à première vue. Voici 4 conseils, 4 étapes pour vous y mettre.

Lâcher prise


Avant d’écrire quoi que ce soit il est nécessaire de se détacher du réel et de toutes nos préoccupations. En effet, comme laisser son inconscient parler si l’on pense constamment à une chose qui nous angoisse ou autre ? Afin de se couper de l’extérieur, il est important de se poser calmement, et de faire consciemment une pause, même si ce n’est que dans l’intention. Vous pouvez rester tourmenté mais tout à fait écrire. L’important est d’avoir la volonté de se laisser aller. Ainsi ne cherchez pas une quelconque inspiration, ou un sens préalable à ce que vous allez écrire. Ne pensez à rien : ce qui est plus facile à dire qu’à faire ! En réalité, vous ne pouvez vous arrêter de penser, mais imaginez plutôt le stylo comme déversant l’encre de vos pensées, automatiquement, sans réfléchir à « mais cela ne veut rien dire » ou encore « c’est mal dit ». Le but est de faire tomber vos barrières mentales, et par la même occasion, vaincre le syndrome de la page blanche. Le meilleur moyen pour ne pas être à cours d’idées est de les laisser aller sans les juger. C’est là qu’est la clé de l’écriture automatique, pour commencer : ne vous jugez pas. Après tout, qui d’autre lira ce que vous mettez sur cette page ? Vous pourrez même la bruler ensuite alors ne nous préoccupons pas de la forme. « Laisse toi aller » doit être votre moto. Faites-vous confiance. N’ayez pas peur de ce qui peut sortir de votre conscience, après tout cela restera entre vous et vous-même (cela vous apprendra peut être à mieux vous connaître). Dès que vous sentez un blocage, recentrez-vous, prenez de grandes et profondes inspirations et soufflez. Chassez vos pensées parasites. Et si vraiment cela coince, ne forcez pas. Passez à autre chose, et revenez-y dans un moment !
L’écriture automatique est pour cela un très bon moyen de faire redescendre la pression et le stress, et de se mettre au clair tout en se concentrant. Un bon exercice à faire avant tout rendez vous professionnel, ou pendant une crise d’angoisse. Car en plus de vous détacher de la réalité, vous mettre en pause, elle permet de faire sortir tout ce qui pollue votre énergie et votre esprit. C’est un véritable exercice psychologique qui est comparable à une méditation : vous êtes amenés à croire en vous, à vous faire confiance, à lâcher prise, et à vous concentrer. Il y a donc de nombreuses conséquences psychologiques bénéfiques qui découlent de cet exercice. Cependant certains chercherons certainement dans l’écriture automatique un coté artistique, et c’est pour cela que nous ne nous arrêtons pas là.

Chercher le son

 

Si vous êtes déjà avancés et à l’aise avec le lâcher prise, il est peut être temps d’employer cette pratique dans un but artistique. La poésie est ce qui se prête le plus à la composition en écriture automatique, sans pour autant dénaturer le concept. On pourrait se dire « oui, mais comment combiner le lâcher prise, qui impose une absence de réflexion, et la pratique artistique qui demande de réfléchir à la forme ? ». C’est ici que votre culture générale va intervenir. Selon les auteurs que vous lisez, la musique que vous écoutez, votre cerveau a enregistré certaines façon de manier les mots, certains rythmes de phrases auquel il s’est habitué. Essayer de retrouver cela en écrivant, pas de manière consciente en vous disant « je veux écrire comme untel », mais en vous croyant. En vous croyant ? Vous ne soupçonnez pas les talents de votre cerveau et de votre mémoire. Quand vous exercez une quelconque activité artistique, ou même quand vous écrivez, votre cerveau va se servir de quoi vous le nourrissez, et c’est totalement normal : il se base sur ce qu’il connaît, ce qui est acquis. C’est un processus involontaire, très difficile à éviter : comment composer un morceau sans y retrouver des similarités avec l’auteur que vous écoutez le plus ? D’un point de vu scientifique, c’est impossible, car cela nécessiterait que vous soyez inconscient ou que vous ayez vécu toute votre vie dans une bulle avec 0 interaction. Car même la façon de parler de votre entourage est une influence sur votre conscience. Georges Orwell a d’ailleurs démontré l’importance du langage dans 1984 : la pensée se forme à partir de mots. Ces mots, vous ne les inventez pas.
Plutôt que de faire barrière à vos références, l’écriture automatique cherche plutôt à y puiser son contenu. Vous pouvez vous stimuler avant d’écrire en écoutant de la musique par exemple. Ainsi, dans votre écriture, vous êtes dans un état d’esprit qui fait qu’indubitablement, les rimes et les sons vont se former. Si vous êtes vraiment à l’aise, concentrez-vous sur la manière dont les sons sont maniés dans la chanson, gardez le en mémoire. Votre style en serra fortement imprégné. De cette façon, vous pouvez faire des pauses quand vous écrivez. C’est ainsi qu’il est plus simple de procéder :
Ecrivez une phrase qui sonne bien selon vous, sans vous inquiéter du sens (encore une fois ce n’est pas le but !). Puis, répétez-la dans votre tête. Quel mot ou suite de mot vous arrive en tête ? Le but : Ce sont les sons qui racontent une histoire, pas le sens des mots.

Trouver l’ambiance

Enfin, si l’on veut vraiment peaufiner notre composition, il serait bienvenu que notre texte ne soit pas discordant, c’est-à-dire qu’il soit sans queue ni tête. Pour éviter les contre sens, le non-sens (quoique !) essayez de vous plonger entièrement dans ce que vous êtes en train d’écrire, et développez cet univers. Noyez-vous dans vos mots ! Ecrivez corps et âmes.

Crédits: Blanche LM

Interpréter

Que vous ayez mis une intention artistique ou pas à votre texte, l’interpréter est la clé de votre travail. D’une part vous pouvez donner un sens à votre écrit en brodant une histoire tout autour, afin de le partager à d’autre personnes par exemple. D’autre part, vous pouvez vous y replonger et essayer d’analyser votre texte. Car une fois terminé, vous aurez peut être l’impression de lire un inconnu. Essayer de comprendre comment vous en êtes arrivés là, qu’est ce qui a pu vous faire parler de ceci, quel sens y a-t-il de caché derrière tout cela (si seulement il y en a un..) Si vous vous êtes inspiré de quelque chose, il peut être intéressant d’en relever les marques. C’est au final, un peu comme la réflexion que l’on a sur ces rêves, car au final, c’est l’inconscient qui a parlé…

Exemple

Et sur ta peau douce qui joue et qui roule,
La lente machine de tes mots qui me troublent,
J’estime la pierre comme du lointain rivage,
Un oiseau échoué ne parle plus à l’orage.
Suspendue aux nuages de lave qui râlent,
Ma panse s’écoule dans un trop plein idiot,
J’espère cacher dans ta vie une pâle
Lueur qui expire la langueur des mots
De ce qui sont secs, de ceux qui sont beaux,
Qui cassent et qui craquent comme des cascades d’eau
Avec cette lueur j’exploiterais la matrice
De mon âme qui suinte qui chante et qui glisse
Parmi les rouleaux de ton cœurs enclenchés
Je voudrais voir un peu ma folie exprimée
Car je rêve encore de tes mains d’opale or
Qui me lacèrent profond dans mon esprit d’Armor.

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