Autoportrait en chienne : féminisme, authenticité et réflexion


Littérature / dimanche, janvier 27th, 2019

Une écriture engagé, forte, sensible et pourtant si légère…

Ah, quel titre accrocheur, assassin, suscitant jugement et regards de travers, petite intrigue dans les yeux de ceux qui ne connaissent pas… Surprise, gêne, sourire en coin, voilà à ce quoi fait écho ce fameux titre quand vous le demanderez à votre libraire, et vous y aurez droit deux fois, si comme moi, vous avez dû le commander. Mais ce livre ne parle absolument pas d’une quelconque sexualité ou autre sorte de plaisir, car loin de sous placer la femme à ce statut de « chienne », ce livre est plutôt féministe, engagé, simple, et le chien dont on parle ici n’est autre que Truite, nouvelle rescue à l’époque de l’auteur.

Le principe de ce livre est de retracer les vies de la chienne et de sa maîtresse, dans une sorte de carnet de pensée : un concept, un style très facile à lire, que l’on apprécie beaucoup. Sorte de recueil de pensées personnelles, Solange, ou plutôt cette fois Ina puisque c’est la vie d’Ina à laquelle nous avons droit, et pas celle de Solange, les thèmes abordés sont variés : Féminité, rôle dans la société, solitude, relations amoureuse, ou, si l’on veut être précis : l’être humain en général.  C’est à la vie de tout les jours, ce qui nous rends humains dans nos petites habitudes, dans nos petites vies que s’intéresse l’auteure.

 

Tout commence dans la plus tendre enfance d’Ina, et l’on apprend beaucoup de ses parents, de sa vie de jeune fille, de son éducation. Elle mène d’ailleurs une réflexion intéressante sur comment cette éducation a plus l’influencer dans son comportement, comment elle peut se défaire de se déterminisme… Ce qui a d’ailleurs commencé avec un travail linguistique pour faire entièrement disparaître son accent français. Elle souligne également les illusions dans lesquelles elle était enfermée, autant en temps que femme, qu’en tant qu’être culturel (préjugés sur la France et idéalisation en font partie). Illusions que chaque femme rencontre, et qui fait l’intérêt de tout ce livre : en adoptant Truite, une petite chienne, sa vie se transpose à la sienne et le chien devient une métaphore de l’humain… Ina se mets dans la peau de ce « meilleur ami de l’Homme », imaginant ces pensées, comment il voit le monde humain, ce qui lui fait prendre conscience de la réalité. Ainsi elle illustre comment sa chienne, truite, lui a permis de se délivrer de ce à quoi elle s’identifiait mentalement. Le rôle de la femme mère, qui aime son mari profondément… C’est ce qui nous entoure depuis des siècles et ce modèle est plutôt restrictif quand on constate la diversité Au fond, qu’est-ce qu’être une femme ? Qu’est ce qu’être en vie, qu’est-ce qu’être humain dans le fond ?

Mais cette présentation du livre ne serait pas entièrement fidèle. Car en effet, cette réflexion du lecteur ne lui arrive qu’après avoir tourné la dernière page. Ce livre est plutôt, comme dit précédemment, un recueil d’anecdotes et de pensées. De choses, drôles ou non, mais du moins marquantes dans la vie de l’auteur qui fête ses trente ans : le premier bain de Truite, les disputes entre Ina et son conjoint, leur vie quotidienne, mais aussi la vie avant Truite, des anecdotes sur le long métrage que l’auteur réalise à ce moment… dont nous avons parlé dans un article juste ici !

Ce qui fait la qualité de ce livre est certainement la langue, le style avec lequel il est écrit : il est ultra simple. Sans rire, on pouvait s’attendre à quelque chose de très fin et travaillé, mais c’est surtout sa simplicité qui se démarque, et quelque part, cela fait du bien de lire quelque chose qui détend et qui ne prends pas la tête sans pour autant être inintéressant. On tourne les pages à la vitesse de l’éclair et on ne voit pas le livre se finir !

Ce qui rend la lecture agréable est aussi le format et l’édition. La mise en page est assez atypiques, plus rare de nos jours : texte bien centré sur la page, très grandes marges, format un peu carré, la lecture est plus aérée et on a encore plus envie de tourner les pages. Ina Mihalache a travaillé avec l’artiste… pour agrémenter son écriture de portrait à l’aquarelle ou à l’encre de chine, qui ajoutent un petit plus, un petit bonus à l’ouvrage : ils sont très bien réalisés, et permettent de faire une pause dans le livre, une césure, et de le rendre encore plus esthétique. On remarquera aussi le titre des chapitres/ parties calligraphiés à la main. Le livre devient, à travers ces procédés, plus authentique.

Si il y  bien une critique à faire à l’ouvrage cependant, c’est peu être la teneur de certains propos, qui peuvent passer ou casser selon le lecteur : une pensée un peut trop individualiste sur les bords, qui encre bien l’échec de l’humain dans les relations sociales, qui se rabat sur un animal de compagnie…

Qui c’est ?

Si vous avez déjà lu notre article sur Solange et les Vivants, plus besoin de vous présenter Ina Mihalache. Artiste multidisciplinaire, elle est principalement connue pour sa chaîne Solange te parle, où Solange, son personnage solitaire, s’exprime sur des sujets de la vie courante en tant que personne isolée des autres. Chaîne cherchant à faire réfléchir, elle est beaucoup critiqué ces derniers temps dans ses démarches et son rôle dans le Youtube Français, plus important qu’on ne le croirait. Avant tout, Ina Mihalache est surtout d’origine canadienne, et est actrice. Elle a habité à paris pour ensuite s’installer à Roubaix dans le nord de la France afin de suivre une formation en Art (dont vous pouvez retrouver les projets résultants sur internet), et est de retour à paris depuis peu.

 

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