Jazz, folie, poésie, couleur, liberté: L’interview de Jafo Pocoli


Galerie / dimanche, mars 24th, 2019

Nous avions découvert Jafo pocoli en début de mois, dans la splendeur de son art coloré et empreint de liberté et de folie. Nous revenons aujourd’hui pour la deuxième partie de cet article, une interview, car qui mieux que l’artiste lui-même peut parler de son travail ?

Peux-tu te présenter en quelque mots ?

Mon nom d’artiste est Jafo Pocoli, signifiant assez naïvement les deux premières lettres de choses qui me passionnent et m’inspirent au quotidien: le JAzz la FOlie la POesie la COuleur et la LIberté… Le pseudonyme me permet de mettre de côté « le peintre » qui est en moi : ma vraie identité ne sert aucunement à la compréhension de ce qu’est Jafo Pocoli. Bref… dans la vie réelle je suis étudiant en troisième et ultime année de préparation littéraire et me passionne pour tous les arts (musique, théâtre, cinéma) et défend une philosophie du rire, de l’humour au quotidien… l’exubérance des couleurs est ma passion : créer les couleurs, dans mes œuvres le plein est ma peur des vides et le glauque et bien… c’est mon inconscient (ce que je refoule, ce qui doit sortir … ce que je suis intérieurement.)

 

Donc ma présentation formelle est lisible symboliquement dans mes tableaux et dessins. Enfin j’ai eu la chance de m’exposer (car exposer c’est s’exposer dit on) en septembre 2016 dans ma ville d’origine à Macon.

Comment présenterais tu ton art ?

Mon art… il est instable … il ne se présente pas en réalité (ça a l’air d’être un argument pompeux de littéraire pour esquiver la question mais c’est le cas…)… Je crois 

que la spontanéité espiègle et sans conséquences de l’instant peinturé définirait le mieux ce que je fais. Je peins pour moi, pour peindre… et rien d’autre. La pensée vient chez moi après l’action intuitive, je n’utilise pas ou peu de brouillon et je me base beaucoup sur l’improvisation (je le dois au jazz que j’écoute durant la phase de peinture) et surtout sur un désir inexprimable de peindre. Je peins quand je veux peindre, quand j’en ai besoin. Donc mon art est la partie immergée de l’iceberg … l’autre partie c’est moi. Plus concrètement mon art est guidé par la composition, les couleurs, la physiognomonie, le grotesque, l’absurde, le déformé et le bizarre que je peins.

Enfin pour le décrire il faut parler de mes envies d’expérimentation : les médias surtout, les cartes géographiques, les photos, un peu de sculpture, bref du figuratif, tout ce qui peut me passer sous la main ou sous l’idée !

Que cherches tu à transmettre à travers tes œuvres ?

La question de la transmission dépend de la question précédente : Rien… je n’ai pas de volonté de transmettre, d’exposer, juste de peindre pour moi. Je me fais avoir par la frénésie de la monstration (les réseaux sociaux en sont le meilleur exemple… montrer à tout prix mais pourquoi? Bonne question.) Bref, montrer ce que je fais satisfait une partie égoïste et prétentieuse de ma personne qui est satisfaite de ce qu’elle produit, alors qu’en réalité je ne suis qu’à moitié satisfait de ce que je fais. Mes toiles ne transmettent qu’un mal être proprement adolescent puis juvénile… un désir de se montrer, de satisfaire un ego tout en étant dans une logique de comique: le rire est très important parce qu’il suppose un certain sérieux, le rire transmet une certaine vérité à contrecoup. Au delà de la transmission il y a une réception probable qui est intéressante : souvent on me demande « d’où ça sort ça ?», des personnes rigolent d’un rire froid et un peu cynique, les enfants pleurent devant mes dessins. Je nuancerais le glauque plutôt comme du cynisme. Je ne transmets rien d’autre que ce que je suis, après je m’amuse à dessiner ou peindre pour peindre, là il n’y a rien à comprendre… juste une lubie du moment ! Enfin, les (dé)figurants sont assez spéciaux car ils exploitent la photographie et plus particulièrement l’egoportait (c’est le nom du selfie au Québec il me semble…) Je les appelle des œuvres doigts d’honneur (Ohlala l’image d’artiste rebelle que je fais passer de moi?!) Certaines personnes ont exposé un plateau de 16 portraits de moi chez eux! Là c’est drôle, le cynisme et la satisfaction de la prétention artistique au summum!

Quelles sont les choses qui t’inspirent ?

Le corps, la sexualité, la déformation du visage, le grotesque, le comique, l’absurde des situations et le plaisir de trouver une originalité dans la situation (souvent une toile peut venir d’un jeu de mot… je pars et puis ça change et devient naturellement bizarre sans que je l’explique)

Des artistes préférés en particulier ?

De Robert Combas à Brecht Evens

Beaucoup intéressé plus jeune par la figuration libre (Robert Combas, Hervé di Rosa, les expérimentations graphiques de Ben Vautier) et le graphique pur (Basquiat, Keith Haring) mais aussi la bande dessinée (la pâte Erró, Robert Crumb, Gotlib et plus récemment Brecht Evens) mais au final je suis influencé par tout! Les écrits, le cinéma que je consomme en grande quantité, la photographie et le jazz!

Mets tu ton dessin en parallèle avec d’autres formes d’art que la photographie?

 Oui, la musique ! Le Jazz sur lequel je danse (des morceaux que je dois connaître pour que mon attention porte sur la peinture plus que sur la musique) ou le silence (mais je préfère la musique largement!)

J’essaie de faire quelques parallèles comme j’ai dit précédemment. La photographie m’intéresse beaucoup, j’exploite des cartes topographiques anciennes, j’aimerais peindre sur des plaques de placo voire essayer les murs. Mes envies me portent vers du grand format, mais le temps m’oblige à la gestation intérieure. Je n’ai pas de limites pour exploiter d’autres formes d’art.

As-tu une technique ? Peux-tu la décrire ?

Je n’ai aucune technique. Je peins à l’acrylique avec des toiles de mauvaise qualité . J’ai toujours les mêmes pinceaux depuis que je peins (2011-2012) et quasiment les mêmes tubes de peinture (elle sèche un peu mais tiens le coup !) ça c’est de l’expérimentation … j’utilise du matériel « de merde » pour une question essentiellement financière. J’ai fondé ma technique en dessinant depuis que je suis petit, je suis très mauvais techniquement : il est préférable de regarder ce que je fais de loin si l’on est professionnel. Je dépasse les lignes, comble les manques comme je peux… Il faudrait que j’ai une technique, mais ce serait dans l’optique d’un art sérieux : son absence est en adéquation avec mon projet personnel de peindre pour moi.

As-tu un parcours artistique ? Ou cela est-il juste une passion ?

Je n’ai pas de parcours, juste une passion, une passion et un besoin singulier de peindre ( qui advient à des moments différents). J’alterne avec la musique ou l’écriture . D’ailleurs chaque toile est liée à une connerie littéraire, un petit texte reposant sur les fameux jeux de mots : j’écris derrière la toile, le dessin, c’est écrire une sorte d’histoire poétique qui n’a de valeur que pour son absurdité et certains jeux de mots comiques. Ça fait actuellement 8 mois pleins que je n’ai pas tellement peint sur une toile, parfois cela me manque et d’autre part j’ai d’autres moyens de m’exprimer, de décompresser par une production. La peinture va probablement revenir car cela me titille quand même un peu, mais je préfère qu’elle reste une passion.

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