Les réflexions du Dimanche- La création comme humanité


Galerie, Réflexions du dimanche / dimanche, novembre 25th, 2018

Bienvenue dans ce nouvel épisode des réflexions du dimanche. Si vous n’avez pas lu le premier épisode, c’est par ici pour comprendre le principe. Aujourd’hui nous abordons la notion d’état de création, comme introduit précédemment. Bonne lecture…

Mais qu’est-ce donc que cet état de création ? C’est une sensation indescriptible qui fait fourmiller la tête d’idées non formées. Ce n’est pas l’inspiration, qui elle survient selon une cause. On éprouve tout à coup l’envie démesurable de créer là, dans l’instant. C’est comparable à cet état de réflexion intense qui précède l’action dans le réel. Cependant c’est comme si nous n’avions pas matière à exploiter pour créer, pas d’idée ni de projet vraiment défini, juste cet état d’esprit de créer. L’état de création peut être stimulé, sollicité par un moteur propre à chacun (par exemple, se plonger dans une musique qui tout à coup nous fait passer de l’autre côté et perdre le fil de notre pensée). La création viendra seulement si l’on se décide à prendre quelque chose entre ses mains, comme des ciseaux, un ordinateur, des crayons, du papier, de la terre, ou de l’aquarelle. Mais voilà le problème : ne faut-il pas savoir maîtriser ces éléments pour s’en servir ? Il faudrait un minimum de bases artistiques, connaître le maniement de la peinture, un peu de connaissances de l’art pour construire quelque chose. Mais cela, je ne le crois que partiellement. Pour moi, c’est là que se trouve le véritable esprit de création: nous n’avons aucune limite. Pour moi, seul l’état de création désiré inconsciemment, celui qui arrive comme un besoin soudain et surnaturel, permet de créer des choses qui ont une valeur et un sens. Parfois l’artiste trouvera ce sens après la création, comme s’il interprétait lui-même son travail, qu’il l’avait créé indépendamment de lui-même. C’est donc bien différent de ce que la société nous laisse croire à propos de l’art et de la création. On ne peut pas s’y forcer. C’est-à-dire que selon cette thèse, l’art véritable ne démarre pas d’une longue réflexion sur ce que je veux transmettre, ou comment faire quelque chose d’original, parce que ces mêmes questions imposent des limites et bloquent la création qui se définit par une absence de règles. Aussi l’état de besoin de création est si particulier et si unique qu’il fait la rareté de la vraie création. On pourrait en quelque sorte parler d’art qui vient du cœur et non pas de l’esprit et qui ainsi entraîne une résonance en chaque être humain de par son universalité profonde. C’est pourquoi je crois que les « artistes » qui n’ont aucune réflexion, qui ne sont pas conscients mais juste conformistes, victimes d’une société qui prône l’original et l’individualité, créent des œuvres sans intérêt. Une œuvre comme celle-là, conformiste et réfléchie pour le profit (je pense notamment à la production musicale), passe pour exceptionnelle pour les autres personnes pris dans les engrenages de la société. Et le véritable art, vrai, sincère, passe alors comme étrange, incompréhensible car les hommes qui ne se vouent qu’au profit ont quelque part perdu une part de leur humanité, puisqu’ils sont jouets de la société.

Pour créer on emploie souvent le terme d’isola, c’est-à-dire l’ile, l’endroit où l’on se retranche en nous-mêmes, seuls et dépossédés de nous, possédés par la ferveur de l’art : l’état de création. Il semblerait que les personnes conscientes qui possèdent cet état de création en eux, qui peut s’éveiller à tout moment, ont une isola commune qui leur permet de comprendre et ressentir leurs arts respectifs, et ainsi de s’influencer mutuellement à travers leurs parties d’isola plus personnelles. Plus concrètement, si l’on admet qu’une certaine catégorie de personnes possède la capacité de sortir des mailles de la société et d’être dans cet état, il est possible qu’elles puissent se comprendre entre elles et qu’ils s’influencent mutuellement de manière inconsciente : en créant notre cerveau pourra se référer inconsciemment à des œuvres qui nous ont marqué. Le sens pur de l’isola serait commun, paradoxalement, puisqu’il serait l’état de création, et que cet état forme une communauté. Et si cette communauté était l’humanité ? Et si nous avions tous cette faculté en nous ? Ne sommes-nous pas au fond tous capable de comprendre les autres dans leurs choix, dans leurs vies ?

Cependant jusqu’à aujourd’hui je n’ai rien pour prouver que je ne suis pas la seule à ressentir ceci. Pourtant quand j’écoute les interviews de certains créateurs, j’ai l’impression que tous connaissent cette ferveur de l’artiste, et qu’ils en parlent implicitement car personne ne l’a encore défini, ni placé un mot dessus. D’autre part, on pourrait objecter que tous les artistes n’ont pas le même moyen d’expression, alors comment peuvent-ils se comprendre ? Il est vrai qu’il parait logique que si la personne connait plus les logiciels son que l’écriture, la création musicale est l’option choisie par l’état de création puisque l’individu qui y est sujet possède le plus de ressources dans ce domaine, et c’est en cela qu’ils possèdent une isola individuelle. Mais l’essence même du besoin, créer, reste la même !

Mais alors, la seule chose qui assouvit ce besoin est la fin de la création elle-même… Or il y a toujours matière à créer dans un monde qui évolue à chaque seconde. Est-il possible alors, de rester dans un cercle vicieux ou vertueux de ce besoin de créer si l’on ne s’arrête pas avec sa conscience, si l’on n’arrête pas notre stimulant/ moteur ? Personnellement mon état de création est stimulé par la musique, de préférence électronique, donc je ne peux y rester coincée puisque que je ne peux pas écouter des sons à l’infini ou j’en ferais le tour, ce qui arrêterais l’état. Mais en théorie, sans besoins naturels ni perturbations sociales, est-il possible de rester coincé dans ce cercle de besoin de créer à l’infini ?

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *