Les garçons sauvages: Priorité à l’esthétique, quelle limite?


Box-office / dimanche, mars 17th, 2019

Les garçons sauvages, le dernier film de Bertrand Mandico sorti en début d’année 2018, a fait beaucoup parler de lui. Récompensé et nominé de nombreuses fois, ce film contemporain, que l’on pourrait presque qualifier d’art et d’essai n’est pas tout public : trash, glauque, libidinal, perturbant, c’est parce qu’il est loin du grand public qu’il n’y a pas de limitation d’âge (qui serait pourtant nécessaire). Accrochez-vous et essayez d’avoir le moins d’œillères possibles pour l’apprécier !

Le Topo

Le film commence par la fin de l’histoire: Tanguy, homme qui possède un sein, est retrouvé par des marins échoués sur une île… et l’on retourne alors à l’origine de toute péripéties pour en comprendre l’histoire. 5 garçons de familles riches et huppés agissent à la manière de la bande d’Orange mécanique : violences, abus sexuels, alcool, sauvageries en tout genre : un jour, ils abusent de leur professeur de théâtre de la manière des plus dérangeante qui soit : jouant les innocents au procès, le juge retient la cruauté dont ils ont pu faire preuve auparavant et, bien que n’ayant aucune preuve, conseille aux parents de les rééduquer. Les parents n’ayant guère d’intérêt pour l’éducation de leurs fils, ils les confient à un « capitaine » qui promet convertir ses adolescents sans limites en de jeunes hommes accomplis, dociles et respectueux, sans garantir leur retour en vie. Les parents acceptent. Les garçons sont au départ matés par le capitaine, et arrivent après un périple en bateau sur une île secrète aux plantes libidinales qui faire resurgir leurs pulsions. Mais lors du retour, tout bascule : l’un deux, après avoir découvert la liaison entre le capitaine et une docteur (que l’on comprends être au départ un homme, Séverin) , reste coincé sur l’île et se transforme en femme, tandis que les autres garçons se rebellent contre le capitaine dans le navire afin de retourner vers l’île mystérieuse. A vous de découvrir la suite…

Esthétisme à tout prix

 

Si il y a bien une chose que l’on ne peut pas reprocher à ce film, c’est le travail de réalisation et l’esthétisme relevant toute concurrence dont il fait preuve. Sans blague, regardez la bande annonce et l’aspect visuel vous scotchera déjà. Fantastique travail de noir et blanc, des profondeurs, des plans toujours audacieux et intéressants, mais aussi des couleurs : certainement grâce à un travail en post production avec des filtres, les bleus, verts, roses, violets pétants sont comme des tâches d’aquarelles qui relèvent toute la beauté de l’image. Contrastes et couleurs flamboyantes relèvent les détails d’une nature sauvage impressionnante et installations sorties tout droit de l’univers de Bertrand Mandico. Faire passer l’esthétique avant tout, cela peut être défendu, mais à quel prix ? Le cœur de l’intrigue qui aurait pu être profondément intéressant n’est dévoilé qu’à la fin des (presque) deux heures de film. Pendant deux heures, l’incompréhension et la curiosité du téléspectateur sont piquées à vif, avec des éléments de plus en plus improbables : quand l’explication scientifique tombe, on ne l’entends que par brides, et si nous n’y faisons pas attention, nous n’avons pas le fin mot de l’histoire. En effet, le Docteur Séverin explique son travail aux garçons, mais nous ne percevons en tant que spectateurs que des brides de conversations, recouverte par la narratrice qui paraphrase l’action. Dommage ! Le coté scientifique aurait pu apporter un dénouement plus complexe et original à l’œuvre qui se termine en peu en tortillon.

Atelier démêlage

En ressortant de cet univers, on en ressort tous un peu perturbés, comme dans la majorité des films d’art contemporain. Comment démêler alors le bon du mauvais ?

Des éléments positifs, il y en a : l’exceptionnelle réalisation, comme nous l’avons dit, mais aussi le très bon jeu des actrices (car oui, les garçons sont jouées par des jeunes femmes ! ), le choc que le film provoque est intéressant (le spectateur est mené entre gêne, peur, dégoût, malaise, rire nerveux), ainsi que ses différents messages : remise en question du genre, mise en valeur de la violence dont l’homme est capable à la manière du complexe d’Œdipe en abordant la pulsion meurtrière et la pulsion sexuelle, dénouement féministe. Au final, il s’agit de jeunes hommes sauvageons et libidineux, qui transformés en femmes, deviennent des battantes féministes. Ce film joue avec le spectateur et l’emmène là où il veut, sans barrières. L’univers de création de Mandico est truffé de références, d’inspirations, qui rendent le film complet en termes artistiques: mélange d’influences multiples, ce long métrage est un concentré de culture à lui tout seul.

Cependant cette absence de barrière a, paradoxalement, ses limites. En effet, pour choquer et remettre en question le spectateur, pour susciter sa prise de conscience la nudité était certes nécessaire dans le contexte du film, montrer l’acte sexuel aussi, le viol, passe encore mais cela à plusieurs reprises… ce n’était pas nécessaire. L’esthétique flamboyant des visuels contraste avec cet aspect plus noir du film : en effet, le but est de mettre en valeur cet aspect de l’humain, de mettre au spectateur en face de lui-même, de lui montrer sans limites, il nous dit : « Voilà ce que vous êtes. Nous sommes des bêtes. »  Cela fait cruellement penser à Sa majesté des mouches de Peter Brooke. Cependant, le film perd de ce message intéressant en se centrant avec trop d’insistance sur l’aspect sexuel. Le spectateur de base ne prendra pas le temps de chercher plus loin, et ne verra qu’une suite d’actes violents et sexuels peu atténués par la beauté de l’image, sans grand intérêt. L’histoire de fond perd de son cachet. Ce n’est pas parce que c’est « contemporain » que l’on doit abuser du choquant… Un équilibre aurait pu être trouvé.

 

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