Persepolis: Humour, leçons de vies et tragique


Box-office / mercredi, février 6th, 2019

Bien que récompensé au festival de Cannes et ayant eu un Oscar, Persepolis reste un film d’animation peu connu de l’opinion publique et c’est pour cela que nous avons choisi de vous en parler. Adaptation de la bande dessinée éponyme de Marjane Satrapi qui fut traduite aux quatre coins du monde, ce long métrage nous as laissé bouche bée.

L’aspect historique

 

La dimension historique du film en fait tout son intérêt.  Du la fin du régime du Shah en Iran, à Téhéran, jusqu’à la guerre Iran – Irak, nous nous retrouvons au cœur des conflits du Moyen-Orient, mais d’un point de vue plus humain : celui d’une famille qui vit sous ses aléas politiques et militaires. L’enfance de la jeune Marjane s’en retrouve lourdement influencée : ne comprenant pas tellement qui est le Shah, ce qu’est le communiste, la petite fille s’imagine prophète, revendicatrice, et son entière enfance s’en retrouve influencée : à table à la maison, on raconte qui a été exécuté, la vie en prison… L’oncle Anoush, communiste longtemps emprisonné, en fait d’ailleurs le témoignage, racontant à Marjane son histoire pour que l’enfant comprenne, même si pour le moment, tout ne lui est pas accessible. Fondamentalement, ce film d’animation montre comment la guerre et la violence influence l’humain, que ce soit consciemment ou non, et à n’importe quel âge : la solidarité, la peur, les valeurs familiales sont au cœur de ce chef d’œuvre. Les témoignages, mis en scènes par des marionnettes, comme ceux d’Anoush, sont véritables, et certaines images clés nous permettent de comprendre comment une famille comme vous et moi l’a vécu. Les marionnettes apportent un coté enfantin, mais pourtant tragique, tout comme d’autres moments clés où les personnages s’effacent, où le dessin est encadré de hachures noires, ou encore selon le point de vue du dessin… On s’identifie facilement, et cela renforce surtout l’atmosphère affreuse. Les brides d’images de l’enfance de Marjane nous apparaissent comme des souvenirs, déformés par l’imagination de l’enfant : une énorme clé dans une serrure, l’impression de se sentir tout petit… La dimension historique est donc renforcée par le coté réaliste du dessin.

L’aspect moral

 

L’autre chose qui marque les esprits ayant vu ce film est la morale qu’il transporte. D’abord incarnée par la mamie, qui incarne les valeurs, qui les transmets : « reste intègre à toi-même » reste l’un des mantras du film. Cette mamie à la pensée proche de celle de Sartre est cash, sans rancune, excessivement franche et crue (avec son légendaire : « oh mais tu as grandi, tu vas pouvoir attraper les couilles du seigneur ! »), ce qui fait d’elle un personnage extraordinairement attachant. Elle prodigue ainsi des conseils pour la vie : l’amour comme sujet de prédilection avec sa petite fille, elle s’amuse de situations qu’elle a traversée et qui lui semblent maintenant bénigne. « Tu divorce ? c’est ça qui est affreux ? Mais tu m’as fait peur, j’ai cru que quelqu’un était mort ! Je suis cardiaque moi ! Pff, tu divorce, mais tant mieux ! Tu t’épanouiras plus dans un deuxième mariage, et c’est mieux que de rester avec une vieux shnock ! ».

 

Marjane incarne la morale d’un point de vue plus jeune. Intellectuelle, elle lit Bakounine, Marx, Freud, s’instruit énormément, mais à beaucoup vécu. En effet, elle a vécu le pire comme le meilleur : l’isolement, la dictatutre, le racisme, la guerre, la mort, les peines de cœur, l’adultère, l’individualisme exacerbé d’Europe, le milieu punk, le milieu littéraire…. Jusqu’à être sdf, séparée de sa famille et frôlant la mort : on peut dire qu’elle a tout vécu à a peine 22 ans. Des expériences qui restent néanmoins fondatrices d’une femme forte avec des principes et des valeurs. Le tout est englobé de moments drôles qui font que nous passons du rire au larmes.

Film qui transmet des valeurs qui se détachent de la doxa occidentale, on comprend les difficultés d’intégration des migrants Iraniens, mais plus profondément, on comprend l’humain, ce qui nous donne une bonne claque, car ne l’oublions pas : c’est une histoire vraie, celle de la réalisatrice.

L’esthétique

Coté esthétique, nous avons déjà parlé de la noirceur caractéristique de l’ambiance tragique, un peu comme dans MAUS. En effet, les couleurs changent avec la période historique : le noir et blanc pour le passé, la couleur pour le futur. Le coup de crayon est marqué : les artistes font partie des dessinateurs qui ont leur marque de fabrique, leur identité. Chaque personnage est ainsi caractéristique, emblématique presque, avec des traits simples mais efficaces et identitaires. Nous avons d’ailleurs noté le réalisme de ces dessins pourtant si simples : il suffit de comparer la réalisatrice et son personnage pour remarquer la ressemblance frappante entre fiction et réalité. Pour ce qui est de la musique, l’ambiance est particulière, polyvalente : joyeuse et rythmée, elle fait penser à un air grec, tout comme certains dessins et le titre le font, mais elle prend facilement une tournure plus tragique avec des notes de pianos et des violons.

La réalisatrice

 

Marjane Satrapi (pseudonyme), est une réalisatrice et auteur de bande dessinée franco-iranienne. Pas besoin d’une biographie puisque c’est ce dont traite le film que nous vous présentons. En revanche, il est bon de savoir que sa bande dessinée et son long métrage fut de nombreuses fois récompensé : elle est couramment jury de festival cinématographiques. L’une de ces autres œuvres notable est « Poulet aux prunes ». Nous l’attendons en 2019 pour la réalisation d’un biopic sur Marie Curie.

 

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